Je suis faible. Je ne tiens pas mes dires ni mes promesses. Il m'arrive même de mentir. Ainsi j'écrivais le 3 mai sur ce même blog, à l'occasion d'une " virée nordiste", que je retournerai pas en terre cap corsine avant la prochaine migration printanière. Et quatre jours plus tard j'étais de retour à Biguglia et Macinaggio...
J'avais le fol espoir que le beau temps persistant assécherait le marais de Barcaggio où je n'avais pas pu faire le tour de la première mare pour accéder à la seconde. Espoirs vite douché. Il a beaucoup plu et le marais était encore plus inaccessible ! Et j'ai même dû faire demi-tour sur la piste de Tamarone. Pas envie de m'embourber aux aurores.
Finalement j'étais bien tranquille fin avril chez les ch'tis corses. Peu de monde, encore moins d'ornithologues, et des oiseaux à voir. Le grand parking du port de Macinaggio assez vide. Début mai, a contrario, beaucoup de monde. Des files de vingt à trente marcheurs à l'assaut du sentier du douanier sur la plage de Macinaggio, difficulté pour garer sa voiture, des ornithos partout. Le samedi 9 mai à 8H30, alors que je quittais le chemin du camping de la plage et papotais avec deux ou trois collègues déjà rencontrés en ces lieux les jours précédents, une horde de quinze ornithos arrivent. "Are you english ?" demande l'un d'entre nous. Réponse "No, swedish" !
Je suis quand même surpris que les locaux à qui j'ai parlé à Macinaggio ne savaient pas que pendant trois ou quatre semaines en avril/mai le secteur Macinaggio-Barcaggio était un spot ornithologique de classe européenne. Ni à l'hôtel Marina d'Oro, ni au restaurant Vela d'Oro (le propriétaire, 53 ans, est né à Macinaggio), ni au syndicat d'initiatives. La responsable a eu droit à un cours particulier ; j'étais à sa place derrière le guichet pour avoir accès à son ordinateur, elle de l'autre côté ; rôles renversés. Je lui ai montré Faune France 2B, Oiseaux .net et allez savoir pourquoi Corse-ornitho et mon site Nudipassion. Elle a de quoi s'occuper maintenant...
Biguglia : Piobbu à l'aller le 6 mai, plus de 40 garde-boeufs et 50 corneilles ; 5 à 6 crabiers, garzettes et nettes rousses ; 2 colverts ; 1 sylvain ; 1 traquet motteux ; des tariers pâtres, moineaux cisalpins, étourneaux unicolores, échasses blanches ; des guépiers en vol et posés. Des foulques dans le canal .
Au retour le 9 mai, à peu près les mêmes espèces en nombre moindre, mais pas de nettes rousses. Rajouter 2 tadornes de Belon , 1 grand gravelot et 2 serins cinis.
Macinaggio : camping de la plage U Stazzu : toujours les mêmes tous les jours dans la mare, la garzette, le pourpré, le crabier, la poule d'eau, les 4 foulques ; 1 guignette le 7 ; des hirondelles en vol. Dans le champ aux chevaux 1 pie-grièche à tête rousse (senator, pas badius) le 7 mai ; 1 coucou geai le 8 ; le faisant que je n'ai pas vu mais beaucoup entendu ; des tariers des prés, garde-boeufs et garde chevaux presque tous les jours ; du menu fretin : moineaux cisalpins, étourneaux unicolores, mésanges charbonnières, pinsons, verdiers, tourterelles, corneilles, chardonnerets, merles. Des pipits des arbres le 8 mai en face du camping.
Et des raretés identifiées au chant : 1 hypolais pâle et 1 rousserolle turdoïde le 9. Il faut abandonner l'appareil de photo et utiliser Merlin sur le portable, qui détecte entre 10 et 15 oiseaux (coucou, loriots...) et confirmer les raretés avec des applications donnant les chants d'oiseaux. Cela marche très bien, c'est mieux à deux.
Sur le chemin de l'hôtel au camping, tous les jours sur les toits, moineaux, unicolores, merles. Le 8 mai pinson et pouillot fitis sur les fils. Et les hirondelles de fenêtre en phase active de retape des nids un peu partout.
Marais de Macinaggio : 1 guignette le 7 mai, 1 rousserolle turdoïde le 8 mai.
Tamarone : le 8 mai des tariers des prés, chardonnerets, pinsons, bruants proyers ; 5 cormorans huppés côté mer.
Barcaggio : j'y suis allé le 7 mai par bateau. Des cormorans huppés au départ ; aux îles Finacchiaro la colonie de leucophées ; des puffins au large de la Giraglia, et beaucoup de randonneurs sur le sentier du douanier. Intense activité des hirondelles de fenêtre sur leurs nids au village.
Marais de Barcaggio : 5 garzettes, 2 crabiers, 1 foulque, 2 tourterelles turques, 1 guignette, 1 râle d'eau.
Côté botanique ça doit aussi être top ; beaucoup de fleurs, de papillons, de libellules (pardon, d'odonates devrais-je dire).
J'ai eu un choc. Alors que j'étais en très mauvaise posture, seul, chargé avec tout mon matériel, au milieu de touffes de joncs remontant à ma poitrine, j'ai trébuché, une botte a pris l'eau. Et j'ai eu une vision fantastique, sur ma gauche un huitrier moquin a décollé, tout noir, bec et pattes rouges, tel que je les ai revus en novembre dernier au Cap ; il est rapidement sorti de mon champ de vision. Après avoir repris l'équilibre je l'ai recherché dans la jungle de joncs. Pas retrouvé. J'ai clamé téléphoniquement la grande nouvelle à Bernard. Qui manifestement n'a pas eu l'air convaincu de me soutenir moralement dans une démarche d'authentification-qu'il prévoyait difficile- d'un moquin d'AfSud balladeur ayant quitté la province du Cap pour une petite ballade cap corsine. Il a fermement suggéré un râle d'eau, oiseau plus compatible avec le milieu local. Quand la fièvre est retombée, j'ai avalisé sans remords son identification. Exit le moquin, bienvenue au râle d'eau.